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UNE LONGUE ATTENTE

Catégorie : 1920 : DEFI N°13

Les événements qui ont conduit à la course de 1914.

Après la course de 1903, dix ans se sont passés avant qu'un défi ne soit jugé satisfaisant par le N.Y.Y.C. qui a accepté les conditions convenues pour une course en 1914. Ce fut la plus longue période d'inactivité dans les courses de la Coupe de l'America depuis la première course .dans ce pays en 1870.

Pendant toutes ces années, pas un seul plaisancier étranger (sauf Lipton) ne s'est manifesté même un défi potentiel, mais il y a eu des rumeurs à plusieurs reprises pour un challenge anglais, suédois ou allemand. Pendant toute cette période, Sir Thomas est resté en communication avec le New York Yacht Club, mais rien de concret ne sera entrepris jusqu'en 1913.

Plusieurs choses sont responsables de ce manque d'intérêt pour la Coupe de l'America. Il était devenu évident depuis un certain temps que la participation à la Coupe se restreignait à ceux qui pouvaient se permettre de dépenser une fortune de bonne taille avec une chance très mince de succès. Dans le dernier challenge, Reliance avait atteint la limite extrême dans le développement d'une machine de course (et peut-être aussi la limite de ce type particulier de bateau et gréement), et dans les courses en général, il y avait déjà une tendance dans une autre direction vers un type de yacht plus sain et plus polyvalent.

Une nouvelle règle de jauge

En 1903, le New York Yacht Club a adopté une règle de course qui a sonné le glas des bateaux plats à déplacement léger. Cette règle prend en compte le déplacement ainsi que la longueur et la surface de voile en favorisant le déplacement, ce qui a permis de développer des coques plus pleines que sous l'ancienne règle. Lors d'une réunion de la plupart des principaux yachts clubs et associations de course de l'Est qui s'est tenue en 1905, cette règle a été assez généralement adoptée comme règle de course en vigueur dans ce pays, et, alors qu'elle était généralement appelée Jauge Universelle, elle n'est utilisée que dans ce pays, l'Angleterre et les autres pays européens du yachting ayant adopté une règle destinée à apporter les mêmes changements et connue sous le nom de “Jauge Internationale”. Avec ces deux jauges, un type de bateaux de course nouveau a été produit, beaux, marins, sûrs et pourtant rapides. Les bateaux construits selon ces règles avaient un usage autre que la simple course et avaient une valeur comme bateaux de croisière après leur carrière de course.

Alors que le New York Yacht Club organisait toutes ses régates en vertu de cette nouvelle règle de mesure et d'allocation du temps, il ne s’était jamais engagé quant à savoir si ou non il aurait accepté un défi pour la Coupe de l'America en vertu de cette même règle. Dès l'hiver de 1903, Sir Thomas a interrogé le club sur ce point. Le Club a répondu que cette question ne pouvait être tranchée que si un Club lançait un défi officiel; que «l’agrément mutuel" gérait toutes les règles de jauge, etc, et que si aucun accord ne pouvait être atteint sur ces points entre le New York Yacht Club et le club challenger, alors ce dernier avait le droit de naviguer trois courses sans allocation du temps, comme prévu dans l'acte, à condition que le bateau challenger mesure entre 85 et 90 pieds à la flottaison (pour un sloop), auquel cas il n'y aurait, bien sûr, pas de restrictions sur la forme ou la surface de voile, et Reliance ou un bateau de son type serait toujours admissible. Cette attitude restait équivoque car le club de précisait pas s'il accepterait ou pas une course en vertu des nouvelles règles.

Lipton, comme la plupart des navigateurs américains et étrangers voulaient abandonner les bateaux du type Reliance; aussi aucun défi n'a été lancé hormis une demande de Sir Thomas en 1907.

Il semble aussi qu'il y avait une certaine réticence dans le club à faire des concessions à Lipton, estimant qu'on lui avait donné assez de chances. Pour le dire autrement, on aurait accueilli plus chaleureusement le défi d'une autre personne.

Pourtant, il faut se rappeler qu'en 1899, ils avaient accueilli le baronnet irlandais qui était totalement inconnu dans le monde de la voile, même pas un représentant sportif anglais. Il a lancé son défi après le regrettable incident Dunraven, à un moment où le New York Yacht Club avait besoin d'un nouveau challenge, et il a couru de manière sportive. Dans les années qui ont suivies, il est devenu un coureur reconnu en Grande-Bretagne, et à ce titre a eu droit à la considération de tous.

Plus tard en 1912, aucun autre challenger ne s’étant manifesté, Lipton rouvrit des négociations en laissant entendre qu'il était prêt à lancer un nouveau défi s'il avait l'assurance de courir avec un bateau d'une certaine taille et selon les nouvelles règles. Le club refusa toujours de s'engager, si bien que Lipton a finalement envoyé un réel défi en nommant un bateau de 75 pieds de flottaison. Le Club a refusé et le défi a été rejeté. En Avril 1913, Sir Thomas à travers le Royal Ulster Yacht Club a envoyé un défi sans condition. Le New York Yacht Club a accepté ce défi et, en élaborant les conditions de course par «consentement mutuel», a accepté de courir avec les nouvelles règles de jauge. Il a également décidé que les bateaux feraient 75 pieds de longueur de flottaison. Le club a donc rejoint Sir Thomas Lipton sur les points pour lesquels il avait longtemps résisté.

Une partie de la correspondance sur ce point est intéressante et est donnée ici.


Copie du télégramme du secrétaire du Royal Ulster Yacht Club :

CORMACK, Secretary, New York Yacht Club.

Belfast, July 19, 1913.

Sir Thomas Lipton is pleased to note that you agree to the increased time limit. He assumes that the reference to your right to build a ninety-foot defender does not imply that this is the intention of your club, particularly in the face of Sir Thomas' offer of May 15 to build a ninety-foot challenger. A contest between yachts of unequal size would be wasteful and highly unsatisfactory.

Sir Thomas understands and appreciates the grounds on which the New York Yacht Club desires to keep alive the right to defend with a yacht of greater length than a challenger, but he is convinced that a right so opposed to the best interests of this important international event will not be exercised by your club, and in this firm belief he has today authorized us to sign unconditionally the agreement which has been received, and looks forward with keen pleasure to a contest in September, 1914, between yachts that will be fairly matched. The conditions, duly signed by the committee, have been posted by steamer Carmania, sailing today (Saturday).

Garrett.

 

Copy of letter to the secretary of the Royal Ulster Yacht Club :

New York Yacht Club, New York, July 31, 1913.

Dear Sir,

— I have already acknowledged by cable the receipt of your cable of July 19 and your letter of July 19 confirming the same and enclosing a copy of the conditions recently forwarded to you, as amended in relation to increase of time limit from five and a half to six hours.

I have been unable until now to make any other reply to these communications except the bare acknowledgment of their receipt, because of the difficulty of getting together the members of our committee, who are necessarily scattered in different places at this time of the year.

I have, however, now submitted them to the committee and am instructed by them to reply as follows:

You state that Sir Thomas Lipton has authorized your committee to sign unconditionally the agreement heretofore forwarded to you, but you say at the same time in substance that Sir Thomas Lipton assumes that it is not the intention of our club to build a ninety-foot vessel, and that while he understands and appreciates the grounds on which our club desires to keep alive the right to defend with a yacht of greater length than the challenger, he is convinced that this right will not be exercised by our club, and that it is in this firm belief that he has given you the authority referred to to sign the agreement.

We regret that we feel it quite impossible for us to accept an agreement tendered to us under such circumstances.

The agreement expressed in the conditions forwarded to you constitutes the mutual agreement referred to in the deed of gift which the challenging and the defending club are authorized to enter into. Such an agreement is the act of the two clubs and not of the person who happens to be the owner of the challenging or the defending vessel.

If there is any one thing which we have endeavored to make plain in the correspondence which we have had the honor to conduct with you and in certain other negotiations which we have had with Sir Thomas Lipton in the past, it is that we could not accede to the proposition that the challenging club could in any manner, directly or indirectly, be conceded the right to determine the power or size of the defending vessel so long as she came within the extreme limits set forth in the deed of gift.

You requested us to accept a challenge conditioned upon the defending vessel not to exceed seventy-five feet on the water line. This challenge, for the reasons given, we found ourselves obliged to decline.

You then expressed your willingness to withdraw the condition if we would agree to an interpretation of the deed of gift which you suggested; that the mere fact of naming a seventy-five foot length for the challenger ipso-facto prescribed the same length as the limit for the defender. This we also found ourselves unable to accept.

You then withdrew all stipulations as to the size of the yacht which should defend the Cup and forwarded a new challenge which contained no conditions upon this subject.

After some correspondence concerning certain details of this last challenge we accepted with the stipulation that "such acceptance not to be effective until all the conditions governing the match shall have been agreed upon, reduced to writing and signed by both clubs, as on former occasions." (See our cables of May 17 and 19, the terms of which were accepted in your cable of May 21.)

We then forwarded you the conditions governing the match, constituting the mutual agreement between the two clubs, for your approval and signature, the last article of which was as follows:

"All the agreements and understandings between the two clubs are set forth in the foregoing enumeration of conditions,'* an article which was inserted because of the manifest importance of having all the conditions governing SO important an event clearly set forth and expressed and not exposed to the uncertainties of implication concerning which minds might differ.

We do not quite understand where your last cable now leaves the matter. You say that you are authorized by Sir Thomas Lipton to sign unconditionally the agreement, one of the fundamental provisions of which states that it embraces the whole understanding of the parties and excludes all assumption or implication, and at the same time you tell us that Sir Thomas Lipton, in authorizing you to sign it, has done so upon the assumption and with the firm belief that this club will, as a matter of fact, meet the challenger with a vessel of equal length — or, in other words, upon the assumption and with the firm belief that this club will now accept that very limitation upon its freedom of action to which it has from the beginning declined to subject itself.

We are naturally anxious to remove all possibility of misunderstanding between our two clubs as to the nature and terms of the match arranged, and to this end we feel ourselves compelled to say that we can accept the signed conditions which you have returned to us only with the distinct understanding, as therein stated, that as signed they embody “all the agreements and understandings between the two clubs.”

I have the honor to be, dear sir, very faithfully,

G. A. CORMACK.
Secretary of Committee on Challenge for America's Cup.

 

Copie du télégramme du secrétaire du Royal Ulster Yacht Club en réponse à la lettre envoyée par Mr. Cormack :

Belfast, 12th August, 1913.
CORMACK, New York Yacht Club, New York:

Your letter of 31st ult. received. We are sorry our cable of July 19 has given rise to misunderstanding.

The conditions proposed by your club were accepted and signed by the Royal Ulster Yacht Club with a full appreciation of clause you now emphasize, namely, “all the agreements and understandings between the two clubs are set forth in the foregoing enumeration of conditions.”

Garrett.

 

Donc, la question débattue depuis si longtemps a finalement été réglée et nous allons enfin voir une course entre des bateaux d'une taille raisonnable et d'un type en harmonie avec l'esprit actuel du développement de la plaisance et de la course, des bateaux qui peuvent être construits et gérés sans la nécessité d'un syndicat d'un demi-million de dollars. Ce seront des bateaux utilisables après la Coupe de l'America et ils n'auront pas à être hivernés pendant onze ans pour être finalement envoyés à la démolition comme le dernier défenseur, Reliance.

Les conditions ont été convenues pour une série de trois courses gagnantes sur cinq, alternant aller-retour au vent et triangles de trente miles de longueur, au large de Sandy Hook, avec un temps limite de six heures. Les dates ont été fixées aux 10, 12, 15 septembre puis les jeudis, samedis et mardis suivant (si nécessaire) jusqu'à leur achèvement.

 

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